Le matin (6h45 heure française), alors que Vincent était à la table à cartes, le 60’ entrait en collision avec une énorme bouée à la dérive en plein milieu de l’Atlantique Sud. Vincent a immédiatement constaté que ce choc avait déchiré la coque de PRB sur environ 1m30 avec une zone délaminée de un m². Dès lors, Vincent mettait tout en œuvre avec notamment l’aide de Guillaume Verdier, architecte de PRB, pour pouvoir trouver une solution fiable et sécurisante pour aborder les mers du Sud. A peine le temps de se remettre de ses émotions que deux heures plus tard, en faisant une nouvelle vérification, Vincent découvrait que le tirant de l’outrigger avait lui aussi été abimé. Ce câble de carbone est une pièce maitresse du gréement. Abîmé sur environ 50 cm, le tirant ne permet plus d’assurer la bonne tenue du mât. Vincent s’appuie alors sur l’expertise de l’ingénieur Denis Glehen (calculateur du mât de PRB) pour évaluer les dégâts et envisager les possibilités de réparer.

Si le skipper de PRB a vite entrevu une issue pour la réparation de la coque, celle du tirant d’outrigger posait davantage de problème. Alors qu’il met en œuvre une solution de réparation dès hier après-midi pour colmater la déchirure de la coque, à terre, Denis Glehen et son équipe cogitent pour apporter une solution à Vincent. Malheureusement, hier soir tard, le skipper de PRB a dû se rendre à l’évidence : il est impossible pour lui d’assurer seul ce tirant d’outrigger avec les éléments dont il dispose à bord. Aborder les mers du Sud avec un mât qui risque à tout moment de s’effondrer n’est pas raisonnable. Le diagnostic de Vincent est donc tombé ce matin : il rend les armes sur ce Vendée Globe 2012. Il abandonne.

Cette décision est murement réfléchie. C’est la mort dans l’âme et les larmes aux yeux que Vincent annonce son retrait sur son troisième Vendée Globe. « Pouvoir poursuivre la course dans les conditions de sécurité nécessaires pour les mers du Sud, c’est ce qui guidera mon choix » avait expliqué Vincent avec beaucoup de lucidité quelques minutes après le choc. Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies. Le skipper de PRB est contraint de faire route vers le Brésil pour réparer son monocoque. Il pourrait rejoindre Salvador de Bahia d’ici trois jours, 500 milles le séparant de la baie brésilienne.
Se résoudre à l’abandon en raison d’une collision avec un objet flottant, qui plus est une bouée de port, est une situation particulièrement dure. Pour Vincent, la déception s’est mêlée d’un sentiment d’injustice. Le compétiteur qu’il est avait jusque-là mené son 60’ avec beaucoup de prudence. Lui qui a remporté ce Vendée Globe en 2004-2005, savait que la route était longue et voulait justement aborder le Sud avec un bateau intact, capable de gérer des conditions de mer et de vent extrêmes. La course est finie pour Vincent, le skipper de PRB, l’un des grands favoris de ce Vendée Globe, ne sera pas de la partie dans le Sud !
Le Vendée Globe est  la course la plus intransigeante qui  soit. La plus belle certainement, la plus dure parfois. Ce week-end elle se révèle injuste, forcément injuste, pour Vincent et son bateau PRB.


Interview de Vincent Riou :
« C’était une décision très dure à prendre mais c’est la plus raisonnable. Je m’étais fixé cet objectif de Vendée Globe depuis plusieurs années. J’y ai mis énormément d’énergie. Je suis profondément déçu mais je le suis aussi et surtout pour mes partenaires, PRB et aussi Bouyer Leroux et Mercedes. PRB m’accompagne depuis 10 ans. Ils me font une grande confiance. Même si je n’y suis pour rien dans cette collision et les dégâts que cela a entrainé, je ne peux m’empêcher de culpabiliser. Je me sentais vraiment bien dans la course. Ces bateaux ont un potentiel impressionnant et je sais que la course dans le Sud va cette année prendre une autre tournure. La barre sera très haute et j’aurais bien aimé être de la partie. Ce jeu-là, j’avais vraiment envie d’y participer ! »

Interview de Jean-Jacques Laurent, Président du Directoire de PRB :
« Toute l’équipe de PRB est derrière Vincent. La course de Vincent était très bien partie mais la nature en a décidé autrement. Cette avarie laisse un goût d’inachevé car Vincent s’apprêtait à aborder le Sud avec beaucoup de détermination. Nous sommes de tout cœur avec lui. »