C’est sous un soleil au zenith que Kevin Escoffier et Nicolas Lunven ont fait leur entrée dans la Baie de Tous les Saints. Sur un mer turquoise, avec la magnifique ville de Salvador de Bahia comme décor, les deux hommes ont dû attendre précisément 17h 04min 42sec (heure française) pour enfin laisser exploser leur joie après de longues heures passées à défendre leur deuxième place face aux assauts répétés de Charal. Poing fermé, Kevin a même tapé à plusieurs reprises fort dans le cockpit une fois la ligne franchie pour signifier l’énorme soulagement qui l’a envahi à ce moment-là.

Pendant quatorze jours, le duo de PRB s’est battu face à des adversaires redoutables qui, comme eux, n’avaient qu’une envie : monter sur le podium de cette Transat Jacques Vabre. La tension de la compétition a été permanente comme l’explique Kevin à l’arrivée. Avec Nicolas Lunven, ils ont vécu une transat engagée et passionnante. Ils prennent la deuxième place d’une course folle et réalisent une magnifique performance saluée sur le ponton par les vainqueurs, Charlie Dalin et Yann Eliès et par Jérémie Beyou et Christopher Pratt, troisièmes.


Le monocoque PRB, mis à l’eau il y a quasiment 10 ans, a tenu la dragée haute aux 60’ nouvelle génération. Pour Kévin, aucun doute à l’arrivée… Il a hérité d’un bateau ancien certes mais d’un bateau extrêmement polyvalent et éprouvé. Jouant de bons coups stratégiques comme lors du passage du Cap Finisterre et exploitant tout le potentiel du bateau, le duo a réussi à se maintenir au meilleur niveau même s’il reconnait avoir fait quelques erreurs tactiques. Sur cette course entre Le Havre et Salvador de Bahia, il y aura eu également quelques sueurs froides comme un dysfonctionnement sur le dessalinisateur puis une panne sur le moteur en début de parcours. La fatigue du départ tonique du Havre ajoutée à ces problèmes techniques ont même fait envisager un temps au duo une escale technique en Espagne…


On se souviendra aussi de cette pénalité d’une heure et demi à effectuer en raison d’une rupture de plomb du moteur, survenue lors de la réparation du dessalinisateur. La force du duo Escoffier / Lunven a été probablement aussi de gérer au mieux ces moments-là et de toujours rester concentrés sur la performance. Cette deuxième place est le fruit non seulement de l’exigence sportive que s’impose Kevin Escoffier depuis qu’il a récupéré le bateau il y a seulement quatre mois mais aussi de son envie de faire fructifier la dimension humaine du projet. Son association avec Nicolas Lunven sur cette Transat était un choix mûrement réfléchi et répondait à son envie d’apprendre aux côtés d’un spécialiste du solitaire. Sur ce point-là aussi, cette transat Jacques Vabre est une réussite pour le projet PRB !   

Interview de Kevin Escoffier et Nicolas Lunven à leur arrivée à Salvador de Bahia :  

Nicolas :

« Nous avons eu une fin de course usante nerveusement. On voyait le coup venir mais on ne s’imaginait pas que ce soit aussi serré. On s’est faire prendre dans un nuage ce matin. On s’est trouvé juste devant Charal, nous sans spi, eux avec. On ne pensait pas réussir à les tenir en vitesse. On s’est battu. On a eu des soucis techniques en début de course, Kevin m’a impressionné par son côté technique, ingénieur. Pas de moteur, pas de dessal… j’ai pensé qu’on allait s’arrêter à La Corogne. On a réussi à s’en sortir grâce à Kevin. Nous avons fait une super course, nous sommes très contents d’être deuxième.

On a des caractères très différents avec Kevin. C’est souvent la richesse d’un duo. Cela n’a pas d’intérêt à mon sens de rechercher une copie conforme de soi-même. Il faut aller chercher quelqu’un qui va compléter tes points forts et tes points faibles. Kévin est ronchon à bord mais l’avantage, c’est que tu peux tout lui dire, il n’y a aucun problème. Il est quand même super facile à vivre. »

Kévin :

« Je fonctionne à la pression. Il faut que je tape dedans ! C’est une autre façon de faire que Nico. J’aime inscrire les projets dans la durée. Aujourd’hui, il y a un projet PRB qui va jusqu’au Vendée Globe 2020 et j’espère que Nico m’accompagnera jusque-là pour continuer à travailler ensemble. Nous avons construit la base d’un travail sain en se parlant ouvertement. Quand tu arrives à dire les choses, après tu peux presque tout faire. Je suis conscient de mes défauts et j’ai envie que Nico m’accompagne pour « lisser » ces défauts justement. 

14 jours passés ensemble en mer, cela peut être l’équivalent de 6 mois vécus à terre. Tu fais le compte : un moteur cassé, les bons choix tactiques, les mauvais choix tactiques, les manœuvres, les bateaux autour de toi, les croisements, les lunes, les îles… Ce sont 14 jours intenses ! Ce n’est pas tous les jours que l’on vit des belles histoires comme ça. En plus, on arrive au Brésil – c’est déjà la première chose à faire ! On arrive 2e en ayant bien navigué, au contact avec des supers bateaux. Et ça, nous l’avons fait parce qu’on a travaillé intelligemment, efficacement en partant sur des bases saines et je remercie Vincent (Riou ndlr) pour cela. On est super fiers du boulot accompli et de toute l’équipe qui a bossé sur le bateau. »