Le Pot au Noir n’est qu’une bataille parmi d’autres dans le Tour du Monde. Mais Vincent Riou aurait bien aimé triompher de cette zone qui semble échapper à toute rationalité. Dans ce corps à corps entre le bateau, son skipper et cette bande aux reflets de magie noire, il existe toutefois quelques rituels permettant d’injecter un peu de pragmatisme à la situation. A bord de PRB, c’est le relevé de cartes satellites. « J’essaye de prendre une nouvelle photo satellite toutes les demi-heures car c’est incroyable comme ça change. Ça nous permet de voir comment évoluent les nuages qui sont en train de se créer ou de disparaitre. Selon le cas, on essaye de passer du côté qui nous est le plus favorable sachant que certaines fois, à l’échelle de nuages qui font plusieurs dizaines de kilomètres, on ne peut pas faire grand-chose. Mais ça permet de comprendre ce qui nous arrive et de temps en temps ça nous permet d’anticiper et de mieux nous positionner pour réussir à attraper un peu de vent » explique Vincent qui est tombé dans le pot en fin de nuit.

Après des heures à dévaler l’Atlantique en mode excès de vitesse, le coup d’arrêt est brutal. « 3, 4, 5 nœuds… Ouh la la attention, je vais à 6 nœuds au moment où je vous parle ! Mais Sébastien Josse qui est juste devant moi est à 2,3 nœuds… C’est donc que moi aussi je vais de nouveau ralentir dans quelques minutes » explique sur un ton mi-agacé, mi-amusé le skipper de PRB en début d’après-midi.
Si tous évoluaient de concert à ce même rythme, la pilule aurait moins de mal à passer… Mais dans l’est, Alex Thomson semble faire fi de la zone de convergence intertropicale. Le bateau noir continue de gagner vers le sud à des vitesses bien supérieures à celles de ses adversaires de l’ouest. Au classement de 15h, PRB (4ème) se trainait à 4,5 nœuds (vitesse moyenne depuis le classement précédent) tandis que le Britannique, leader du général, fendait la zone à 11 nœuds moyens. Avec ces différentiels de vitesse et à la faveur d’un écart latéral important, Thomson a fait le break avec ses plus proches poursuivants. Armel Le Cleac’h (2ème) est relégué à 86,9 milles. Sébastien Josse (3ème) est à 91,6 milles et Vincent Riou (4ème) à 92,2 milles.

Evidemment la situation ne fait pas sourire le skipper de PRB. Mais lui qui a passé tant de fois ce Pot au Noir reste serein et tente tant bien que mal de s’extirper des nuages. Il se fait même philosophe ou fataliste selon les interprétations : « Il n’y a rien de grave. On est collé dans le bazar c’est tout… Alex va sortir avant tout le monde. Je ne vois pas d’issue simple dans le moment. J’espère juste que les autres partisans de l’est n’ont pas plus de vent que nous. De toute façon rien n’est réglé pour personne à l’heure actuelle. Alex a fait une prise de risques maximale et il s’en sort bien. Il fait du tout droit » commente-t-il.

C’est donc un drôle de début de semaine pour les solitaires de tête qui sont contraints d’invoquer aussi leur bonne étoile. Dans cette zone si spécifique, impossible d’avoir de données météo fiables … Alors que la pluie s’abat sur le pont de PRB, Vincent Riou sort donc régulièrement observer le ciel pour compléter ses analyses des cartes satellites. Les heures à venir risquent de s’étirer comme un jour sans fin. La sortie du Pot au Noir serait à environ 80 milles de l’étrave de PRB. Une distance infime quand on est lancé à 20 nœuds de moyenne… Une torture quand le speedomètre a du mal à franchir les 5 nœuds ! Pour autant, Vincent reste plein d’espoirs. Il mange son pain noir mais sait aussi que les revirements de situation arrivent sans prévenir dans le Pot au Noir. Il faut rester opportuniste, la bataille n’est pas encore perdue.

Interview de Vincent Riou ce matin :
« Depuis la fin de la nuit, on attaque le pot au noir. On ne l’a pas très bien attaqué d’ailleurs. C’est le jeu, ce n’est pas toujours simple. La route est longue. Le pot au noir a l’air très grand et très actif. C’est possible qu’on y reste un moment. Depuis deux heures, on a réussi à se glisser sous un nuage avec Gitana. Ça nous permet d’avancer à une vitesse correcte vers le Sud. Je serais à vue s’il ne pleuvait pas. Je suis à 2,3 milles de Seb. Il est juste devant mon étrave. J’ai réussi à le récupérer. Ce qui me va très bien.

Nos deux sources principales d’infos quand on est dans le pot au noir. Ce sont d’abord nos yeux car il faut bien comprendre ce qui se passe. Et puis ce sont les données satellites. J’essaye de prendre une nouvelle photo satellite toutes les demi-heures car c’est incroyable comme ça change. Ça nous permet de voir comment évoluent les nuages qui sont en train de se créer ou de disparaitre. Selon le cas, on essaye de passer du côté qui nous est le plus favorable sachant que certaines fois, à l’échelle de nuages qui font plusieurs dizaines de kilomètres, on ne peut pas faire grand-chose. Mais ça permet de comprendre ce qui nous arrive et de temps en temps ça nous permet d’anticiper et de mieux nous positionner pour réussir à attraper un peu de vent. Il fait très chaud à bord, environ 40 degrés. L’ambiance s’est un peu rafraichie depuis une heure parce que ça fait une heure que je suis sous la pluie. Elle recouvre bien le pont, ça fait du bien ce petit coup de frais. »


Classement à 15h
1- Hugo Boss (Alex Thomson)
2- Banque Populaire VIII (Armel Le Cléac’h) à 86,9 milles
3- Edmond de Rothschild (Sébastien Josse) à 91,6 milles
4- PRB (Vincent Riou) à 92,2 nm
5- SMA (Paul Meilhat) à 93,8 nm
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