S’extraire du village où plusieurs centaines de milliers de personnes déambulent depuis le 15 octobre dernier pour partager de manière plus intimiste ces dernières heures à terre. Déjà pleinement tourné vers la compétition qui l’attend, le skipper de PRB qui a déjà inscrit son nom au palmarès du tour du monde est apparu serein et pragmatique. Zone d’exclusion des glaces, météo du départ, état d’esprit. Morceaux choisis.

Dans quel état d’esprit es-tu à 3 jours du départ ?  
« Je vais bien. Il fait beau aux Sables d’Olonne. On va avoir un beau départ. Le bateau et le bonhomme sont prêts maintenant il n’y a plus qu’à y aller. Je suis assez impatient car on tourne en rond depuis tellement longtemps. Il y a un moment où il faut passer à l’action.  On commence à se projeter car maintenant on connaît les conditions que nous allons rencontrer les premiers jours. Mais dans ma tête, je ne serai réellement parti que dimanche après-midi, au moment du départ. Pour l’instant, je suis à terre. On ne peut pas avancer le départ à samedi ? Je suis prêt (rires). »

Peux-tu nous en dire plus sur les conditions météos du départ et des premiers jours de course ? 
« Nous allons avoir une météo très correcte au départ avec 15 à 20 nœuds de secteur Nord, pas trop de mer. Il y aura peut-être quelques averses en début de matinée mais les éclaircies vont se faire plus nombreuses au fur et à mesure de la journée. La première partie de la course devrait être assez rapide. Nous allons quitter vite le Golfe de Gascogne. Nous allons mettre 24 heures à passer le Cap Finisterre et puis après nous devrions avoir une descente de l’Atlantique assez rapide sans trop de manœuvres. Les conditions ne vont pas être difficiles mais elles vont être rapides donc cela va nous amener beaucoup de stress. Techniquement, il va falloir être vigilant mais c’est une perspective plutôt sympathique comme début de course. La route est longue mais on peut s'attendre à une belle démonstration de vitesse des foilers en début de course. »

La première semaine de course est –elle faite pour les foilers ?
« Oui mais s’ils creusent un peu d’écart la première semaine, l’affaire ne sera pas terminée pour autant. Il va se passer des choses encore après. Il faut savoir que même si une fois au Cap Horn, il y a un foiler devant, la route ne sera pas gagnée pour autant.  Le Vendée Globe, ça se gagne dans la tête ! »
Que penses-tu du plateau de cette édition ?
« Le match reste très ouvert cette année. 10 bateaux peuvent prétendre être sur le podium.  D’un côté, il y a les compétiteurs et de l’autre ceux qui vont raconter une histoire. Cette année, la proportion de compétiteurs est moins importante. C’est 1/3, 2/3. Il faut faire attention pour les prochaines éditions aux proportions. 50/50 ça serait mieux. Le Vendée Globe doit rester une compétition extrême. C’est une course tellement complexe que même les potentiels vainqueurs disent que leur premier objectif est de terminer »

Penses-tu que le record de ce tour du monde puisse être battu ?
« Oui, on peut dépasser le record de François Gabart sur ce Vendée Globe. Si on descend l’Atlantique aussi vite qu’on le pense, on gagne déjà une journée. Tout dépendra des conditions. »

Peux-tu nous expliquer en quoi la zone d’exclusion des glaces risque-t-elle de compliquer votre approche ?   
« Cela risque d’être plus compliqué car si nous ne sommes pas en phase avec le passage des dépressions et des fronts, on va se retrouver à manœuvrer plus que ce que nous avons fait dans le passé. Avant, grosso modo on manœuvrait au passage des dorsales et des fronts mais on arrivait toujours à taper une porte vu qu’elles étaient très grandes. Maintenant la route est franchement plus courte en bas. Quand on fait des simulations, il y a des fois où on se retrouve bloqué le long de la zone. La route la plus rapide, c’est de rester le long de cette zone et de faire des empannages. Mais enchaîner ces empannages dans certaines conditions de vent ou derrière un front peut-être compliqué et risqué car ça oblige à multiplier les manœuvres. Et quand nous ne faisons pas cela, on se retrouve à faire des bords tellement loin de la route que la perte est trop importante.

Ce ne sera pas facile dans ces conditions de se reposer et de rester zen.  Ça va être très technique car il va falloir avoir la capacité à bien manœuvrer même dans des conditions difficiles sans casser le matériel. C’est un petit jeu auquel nous n’avons jamais joué donc ce sera la découverte. Les portes étaient probablement plus faciles à gérer que cette zone d’exclusion. Mais quoi qu’il en soit, il n’est pas question que nous retournions dans les glaces. Nous sommes trois skippers de ce plateau à avoir connu ça. Personne n’a envie d’y retourner. Moi j’ai quand même navigué pendant 12h et Jean pendant 3 jours au milieu d’un champ de mines. Sébastien a fini échoué sur un growler … Ce ne sont pas nos meilleurs souvenirs de Vendée Globe. »

Si tu n’avais pas PRB, quel bateau de la flotte voudrais-tu ?
« Mon bateau idéal ce serait un mix d’Hugo Boss et de Gitana : la coque d’Hugo Boss et les foils de Gitana. »

Abordes-tu différemment ce Vendée Globe ?
« La vie, c’est un cheminement. Nous ne sommes jamais pareils d’année en année. Je pense avoir les armes pour réussir à finir et à faire quelque chose dans ce Vendée Globe. Mais on ne sait pas trop ce qui va nous arriver, quelles problématiques nous allons rencontrer. C’est mystérieux mais c’est ce qui est excitant aussi. C’est la magie de la course. Si on savait exactement ce qu’il allait se passer, comment chaque bateau allait se comporter, ce ne serait pas drôle. Il faut que l’aspect mystère et découverte perdure sur cette course. C’est ce qui fait sa légende. »