C’est à 13h46 précises que Damien Guillou s’est retrouvé seul à bord de son Rustler 36. Son équipe technique était sur le ponton pour l’aider à larguer les amarres.

Quelques minutes plus tôt, Damien avait pris le temps d’aller saluer chacun de ses adversaires. Dans un anglais hésitant, le skipper de PRB a souhaité le meilleur à tous les marins engagés dans cette Golden Globe Race, leur promettant de se retrouver aux Sables dans plusieurs mois pour faire la fête tous ensemble. Beaucoup d’émotion aussi au moment de faire un dernier baiser, une ultime accolade à ses proches. Sa femme Audrey, sa fille de 2 ans Manon et Gabin, son fils de 4 ans ont profité jusqu’au bout de leur mari et de leur papa. De longues étreintes qui témoignent de la difficulté de l’aventure que Damien s’apprête à relever : parcourir 30 000 milles autour du monde par les trois cap (Bonne Espérance, Leeuwin et le Cap Horn) seul sur un bateau ancien et sans moyen moderne de communication.

 

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Le défi est immense, ils sont très peu à l’avoir réalisé… Cinq skippers seulement ont bouclé le tour du monde lors de la dernière édition de la Golden Globe Race en 2018 et seulement 200 marins ont navigué en solitaire, sans escale autour du monde par les trois caps et l’océan austral. Jean-Luc Van Den Heede, dernier vainqueur de l’épreuve sait les difficultés qui vont s’imposer à Damien dans les mois qui viennent et avait lui aussi les yeux humides au moment de souhaiter bonne route au skipper de PRB.

« C’est le moment de se dire au revoir. C’est dur de se rendre compte que l’on part pour si longtemps. Pourtant c’est bien le cas ! Le départ va se faire dans des conditions très calmes. Dans la nuit nous allons avoir un peu de vent pour dégolfer. Nous avancerons au près dans du vent et de la mer. Pour moi, ce n’est pas gênant. Je suis préparé pour ça. Le vent sera fort mais ce n’est pas non plus la tempête. Et ensuite ce sera beaucoup plus calme pour aller jusqu’aux Canaries » a expliqué Damien avant de quitter le ponton.

Cette Golden Globe Race est un défi hors-norme, une épreuve sportive qui va demander à chacun d’être très fort mentalement. S’isoler avec l’océan pour seul compagnon pendant au moins 200 jours de mer est une épreuve unique. Kevin Escoffier, skipper de l’IMOCA Holcim-PRB avait tenu à être présent pour saluer celui qui a été l’un de ses bras droits pour préparer le dernier Vendée Globe. « Damien est quelqu’un de discret. Il est très compétent et c’est une personne que j’apprécie vraiment humainement. Je n’ai pas aidé pour son projet autant que ce qu’il a fait pour le mien. Mais je voulais tout faire pour pouvoir être présent aujourd’hui. Je suis rentré de qualification pour la Route du Rhum hier et j’ai pris la route ce matin. J’ai un profond respect pour ce qu’il va réaliser. Il est déterminé. Il s’est donné les moyens de préparer son projet. Il a un bateau fiable et performant. Je ne suis pas inquiet sur sa vitesse et c’est un super régatier. Cette course est avant tout une course psychologique… Rester 7 mois seul sur un bateau sans communiquer. C’est une course contre soi-même. Je suis admiratif de sa volonté de bien la finir. Il a tout pour arriver déjà ! Et évidemment arriver premier dans quelques mois » commentait Kevin quelques minutes après le coup d’envoi donné à 16 heures.

La flotte des 16 bateaux s’est élancée sous un soleil de plomb, dans une belle houle et une douzaine de nœuds de vent. Des conditions idéales pour apprécier le spectacle de ces solitaires en partance pour la plus longue épreuve sportive au monde. Damien s’est rapidement installé en tête sous les encouragements et les cornes de brume de quelques bateaux sur lesquels étaient embarqués ses parents, son équipe technique, ses partenaires, Vincent Riou et Kevin Escoffier. « Merci à tous » a lâché Damien à plusieurs reprises visiblement ému. Désormais, c’est à lui d’écrire l’histoire. Dans sept mois, il récupèrera le bracelet de carbone qu’il a confié à son fils juste avant de partir « c’est notre accord Gabin. Je fais le tour du monde et toi, tu veilles sur mon bracelet. Tu me le rendras à mon retour ». Un deal qui a rempli de fierté le jeune Gabin pas tout à fait conscient encore de la longue route qui attend son papa.

Suivre la course : https://goldengloberace.com/live-tracker/