A Plymouth, le temps s’accélère. Dans moins de 24 heures, les six monocoques de 60’ inscrits sur The Transat bakerly s’élanceront pour une traversée de l’Atlantique Nord de 3 050 milles. Du côté de PRB, les visages sont détendus. Vincent profite de ses derniers moments à terre en famille tandis que l’équipe technique raye les derniers points sur la job-list. Le skipper de PRB garde simplement un œil permanent sur une météo qui ne cesse d’évoluer depuis plusieurs jours. Une météo qui va dicter des choix importants dès la ligne franchie. Deux options s’ouvrent aux skippers : une route passe quasiment par les Açores et permet aux bateaux de glisser sous l’anticyclone au reaching tandis que l’autre fait monter par 56° nord et oblige les skippers à gérer une dépression avec du vent soutenu.

 

Selon Vincent, ce choix de route devra être effectué entre le moment du départ et au maximum six heures après le coup d’envoi. Dans ce laps de temps, le skipper de PRB devra décider et se projeter sur les dix jours à venir. Un choix radical et sans retour. « Ce sera une décision importante car si tu dois changer d’avis quatre heures après, c’est trop tard. Tu es parti pour 10 jours. Il y aura le monde de droite et le monde de gauche. Il y a une version « au piolet » et une version tout schuss avec le spi. Mais pour l’instant ni l’une ni l’autre n’est garantie. C’est compliqué. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y aura pas moyen de recroiser au milieu. Je choisirai ce qui me semble être le mieux au bon moment. Si tu te trompes, ça peut être plié 12 heures après le départ ! La route sud est plus sûre avec une moyenne de vent à 15 nœuds quand là-haut, tu as une moyenne à 25 ou 30 nœuds. Tu as un mètre de vagues en bas, alors que tu as 5 mètres en haut. Ce n’est pas la même route ! A chaque fois que la route nord passe, on arrive avec une journée d’avance dans la zone des glaces. Si tu es enfermé dans le sud et que ça commence à bien passer par là-haut… Tu n’auras pas eu beaucoup de mer ni beaucoup de vent en effet mais tu es à peu près sûr d’arriver loin derrière les gens qui vont gagner à New York ! »  commente Vincent, routages à l’appui.

 

Dès mardi matin, les choix seront connus et devront surtout être assumés par les solitaires. C’est donc sans round d’observation que vont se jouer ces joutes atlantiques. Avec six bateaux de compétences similaires au départ, il y a peu de chances de voir des dissidents selon le skipper de PRB. « A six bateaux, il y a moins de risque qu’un bateau parte à l’envers de la piste. S’il y avait eu des bateaux de catégorie intermédiaire, ils auraient pu tenter de combler leur déficit de performance en faisant un choix de route différent. Mais il n’y a que des bateaux performants. On verra » poursuit Vincent.

 

Dans ces conditions, les premières heures de course vont être passionnantes et déterminantes. PRB quittera le ponton de Sutton Harbour vers 14h30 HF avant de s’élancer tribord amure dans du vent medium d’ouest nord ouest (15h30 HF précisément). Il y a fort à parier qu’au moment du départ,  Vincent aura déjà fait son choix. Mais lui seul le connaitra.